10 février 2010
LE PARI DE CLEOPATRE
« Je te laisse voir ma beauté dans une tunique du lin royal le plus fin imprégnée d’essences balsamiques, trempée dans l’huile parfumée ».
Cette phrase d’un chant des bords de l’eau laisse entrevoir ce que pouvait être la douceur de vivre en Egypte, à l’époque de Cléopâtre.
Cette reine était en tout point exceptionnelle. Si elle n’était peut-être pas la plus belle des impératrices d’Egypte, elle possédait pourtant un charisme auquel tous les hommes succombèrent et un sens très fin de la stratégie politique. Tout au long de sa vie dont on retient surtout les frasques relayées par peu de chefs d’œuvre et beaucoup de films de série Z, elle mit tout en œuvre afin de faire perdurer la richesse et la splendeur de son pays.
Placée dans la lumière dès quatorze ans, elle fut reine à dix-huit ans. Fille de Ptolémée XII, née en 69 avant Jésus Christ, morte en - 30, son prénom signifiait « La déesse, l’aimée de son père ».
« Divinité ; adorée » elle le fut sans doute quelques courtes années mais dut à la mort de l’auteur de ses jours monter sur le trône en compagnie de son frère Ptolémée XIII qu’elle fut contrainte d’épouser avant d’être répudiée peu après, selon la riante coutume de l’époque
Ayant quelques griefs légitimes à l’encontre de ce parent, elle eut l’idée de s’envelopper dans un tapis de prix et de s’offrir en cadeau à César afin qu’ensemble ils chassent le frère ingrat du pouvoir. Bien sûr, César tomba amoureux, défia le frère et le tua en - 47.
Dans l’intervalle un fils Césarion naquit, César mourut et Cléopâtre épousa Ptolémée XIV son autre frère. Il n’était pas question que le pouvoir sortit de la famille !
A Rome après s’être déchiré avec Octave autour de l’héritage de César, Antoine s’installa à Alexandrie afin de gérer l’empire d’Orient. Naturellement il s’éprit de Cléopâtre.
Peu après ils se suicidèrent tous deux. Avec panache. Cléopâtre fit cacher un serpent dans une corbeille de fruits, qui la piqua mortellement.
Si sa vie fut courte et agitée, elle eut le temps d’aimer le pouvoir, les hommes, les bijoux.
D’elle on connaît son nez, ses bains au lait d’ânesse, ses joyaux, ses perles et de nombreuses fables.
La vérité veut cependant que le peuple égyptien tout entier aimait les bijoux et plus encore ses rois qui avaient les moyens de s’offrir les parures les plus belles. Possédant des vertus magiques et religieuses, les joyaux étaient portés autant par les hommes que par les femmes.
Bracelets de cheville, pectoraux, bracelets en or ornés de têtes de sphinx ou de lions, diadèmes d’or ou de perles, les bijoux souvent retrouvés intacts dans les tombeaux faisaient partie du quotidien des Egyptiens.
Ainsi les deux bracelets de Ramsès II, arrivés jusqu’à nous était des bijoux en or massif articulés par des canards en lapi lazuli. L’or, l’agate, l’argent, la turquoise étaient les matériaux les plus utilisés avec naturellement les perles.
Les perles que Cléopâtre aima à la folie lui firent gagner un pari d’une extrême audace engagé avec Antoine.
Selon Pline, témoin digne de foi qui relate l’histoire, Antoine, fin gourmet raffolait des mets les plus délectables et dépensait beaucoup d’argent lors de ses agapes. Cléopâtre hautaine et amusée paria qu’elle était capable de surpasser tout ce qu’il avait pu dépenser jusqu’alors en lui offrant un repas de dix millions de sesterces.
Elle fit donc préparer un dîner somptueux mais dont le coût était bien en deça de l’enjeu du pari.
Sur la table qu’on imagine somptueuse avec le Nil au crépuscule, quelques felouques indolentes et des flambeaux à la lumière d’or ; une coupe de vinaigre s’ajoutait à celles remplies des vins les plus rares. Parfumée, coiffée avec soin, portant comme à son habitude une très simple robe de lin blanc et deux très belles perles aux oreilles, elle en détacha une vers la fin du souper, la fit tomber dans le vinaigre qui la dissout aussitôt et but le verre sous le regard médusé de son amant. Comme elle allait procéder de la même façon avec la seconde perle, il fut décidé que le pari était gagné. Le bijou restant fut coupé en deux et transformé en deux boucles ornant la Vénus du Panthéon à Rome.
Le département des antiquités égyptiennes au Louvre abrite de très nombreux bijoux et objets des différentes dynasties.
Selon les estimations et les époques, le sesterce variait entre 1 et 5 euros. Le dîner coûta donc entre 10 et 50 millions d’euros !
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