Le Saphir bleu roi
Le roi des bleus et bleu des rois
Si le saphir bleu roi est un saphir royal, il le doit, non seulement à sa couleur, mais encore à sa valeur. Précisément, la première engendre la seconde : identique à celle de l’uniforme du régiment des Gardes françaises, créé en 1560, la couleur bleu roi confère à la pierre une valeur exceptionnelle.
Elle est l’une des couleurs de saphirs les plus prisées : due à la présence de fer et de titane, elle offre une teinte claire et intense qui plonge le regard dans une profondeur abyssale. Mâtinée d’une légère pointe de pourpre royale (également appelée pourpre de Tyr), elle se rapproche de la couleur de certains vitraux de l’époque médiévale, comme ceux de la cathédrale de Chartres.
En raison de son extrême rareté, la couleur bleu roi est protégée par une appellation à laquelle seuls peuvent prétendre les saphirs naturels, ceux qui n’ont subi aucun traitement. En particulier, ils ne doivent pas avoir été chauffés. Généralement, ceux de Birmanie ne l’ont pas été : étant donné qu’ils ne sont pas « soyeux* », c’est-à -dire que des aiguilles de rutile n’y sont pas présentes de façon naturelle, toute tentative de diffusion sous l’effet de la chaleur demeure vaine.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les gemmes birmanes sont très convoitées, outre leur transparence et leur aspect chatoyant. Leur couleur se livre à un jeu de lumière subtil, comme à la surface d’une encre bleue.
Les saphirs qui proviennent du Sri Lanka et de Madagascar peuvent également être distingués par l’appellation « royal blue saphir » : cette dernière n’est pas réservée aux seules pierres birmanes, contrairement à celle qui distingue les rubis de couleur « rouge sang de pigeon ». Souvent galvaudée, elle doit être écrite en toutes lettres sur le certificat joint à la pierre.
Aussi éclairé soit-il, l’avis d’un gemmologue ne suffit pas. Seule l’expertise d’un laboratoire suisse (en particulier, celle du Schweizerische Stiftung für Edelstein-Forschung, SSEF) permet d’attester l’authenticité de la couleur bleu roi. En somme, la qualité de la certification détermine la valeur de la pierre, quelle qu’en soit la provenance.
L’œil du gemmologueÂ
par Frédéric Fontaine
Dans le cas du saphir bleu roi, les tailles les plus appropriées sont la taille ovale et la taille coussin. La gemme ainsi taillée peut être choisie comme pierre de centre d’une bague de fiançailles, ce qui en facilite la revente. Les règles de bonne proportion doivent être respectées : 7 x 5 mm, 8 x 6 mm, 9 x 7 mm, 10 x 8 mm, à quelques dixièmes près.
Par ailleurs, il faut éviter de choisir une pierre dont la culasse est trop profonde car il sera difficile de l’intégrer à une œuvre joaillière (on parle alors d’une « pierre perchée »). Précisons que les pierres perchées « n’étalent » pas leur poids, selon l’expression consacrée : la masse supplémentaire due à leur culasse trop profonde diminue leur valeur. Si le prix d’un saphir varie de manière exponentielle en fonction de la masse, la relation est moins forte dans le cas du saphir bleu roi que dans celui du rubis.
Afin d’attester l’authenticité de la couleur bleu roi, un certificat délivré par un laboratoire suisse est indispensable. En la matière, le Schweizerische Stiftung für Edelstein-Forschung (SSEF) est reconnu pour son expertise.
Caractéristiques du saphir bleu roi
Espèce minérale corindon
Système cristallin rhomboédrique
Indice de réfraction entre 1,76 et 1,77
Biréfringence oui
Dureté 9 sur l’échelle de Mohs
Points forts La valeur patrimoniale d’un saphir bleu roi est garantie par sa rareté intrinsèque et par l’attribution de l’appellation « royal blue saphir ».
Points faibles Selon que la lumière est plus ou moins riche en rayons ultraviolets, la couleur de la pierre paraît plus ou moins intense. Cette dernière peut sembler sombre aux acheteurs occidentaux qui lui préfèrent parfois le bleu bleuet (corn flower blue, en anglais) des saphirs du Cachemire.
