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Le Saphir du Cachemire
La quête du graal
L’acquisition d’un saphir du Cachemire est un investissement particulièrement intéressant, à condition d’établir la provenance du spécimen avec certitude.Â
En effet, il peut être confondu avec d’autres pierres, dites de « type Cachemire » : le saphir de Birmanie, souvent plus sombre, celui du Sri Lanka et celui de Madagascar, dont l’aspect est assez proche de celui du saphir du Cachemire, bien qu’il soit plus métallique, dans la plupart des cas. Or, si elle est considérable, la valeur patrimoniale des pierres de type Cachemire demeure inférieure à celle des véritables saphirs du Cachemire.
Leur exploitation a débuté vers 1880, après qu’un glissement de terrain a révélé un gisement immense, niché sur les sommets de l’Himalaya, à plus de quatre mille mètres d’altitude. Située au cœur du massif du Zaskar, la mine de Paddar, à laquelle aucune route ne conduit, est ouverte quelques semaines par an, lorsque la région se découvre de son manteau neigeux. Aujourd’hui, seule une quinzaine d’ouvriers y travaille.
Policiers et militaires sont témoins de leur quête acharnée à la recherche des veines de Kaolite qui recèle les plus belles pierres : la tension suscitée par les dangers de cette quête est renforcée par une tension de nature politique. En 1949, deux ans après la proclamation de l’indépendance de l’Inde, la région du Cachemire est divisée en trois parties inégales : la partie centrale, jusqu’au sud, revient à l’Inde, le nord-ouest au Pakistan et le nord-est à la Chine. Bien que cernées par trois puissances nucléaires, les autorités du Cachemire revendiquent leur propre indépendance.Â
Dans un tel contexte, l’exploitation des gisements de saphirs suscite les convoitises. Si la mine originelle, située dans une zone sous contrôle indien, est considérée comme épuisée, subsiste une production marginale, de l’ordre de cinquante carats par jour. Le gouvernement indien entretient même le mystère quant à l’existence de quelques mines abandonnées, inaccessibles, recouvertes par les neiges éternelles.
Une fois extraites, les pierres sont acheminées jusqu’à la ville la plus proche, située à une soixantaine de kilomètres, à travers les montages. Au terme du périple, le saphir du Cachemire acquiert une valeur patrimoniale unique.Â
De cette quête infinie, il hérite une couleur bleue, d’une douceur veloutée, mâtinée d’une légère pointe de violet. La nuance bleu bleuet (cornflower blue, en anglais) est particulièrement recherchée et lui confère une beauté incomparable.
L’œil du gemmologueÂ
Le saphir du Cachemire convient parfaitement au dessein d’un achat patrimonial. Mais, le plus souvent, il est possible d’en acquérir seulement auprès d’un particulier, d’un collectionneur ou d’un négociant professionnel.Â
Lors de l’achat, il est indispensable que la pierre soit accompagnée d’un certificat délivré par le laboratoire Schweizerische Stiftung für Edelstein-Forschung (SSEF, Aeschengraben 26, 4051 Basel, Suisse). L’analyse d’inclusions propres aux saphirs du Cachemire (des cristaux de pargasite ou de tourmaline, des bandes « milky » de rutile, par exemple) permet de certifier la provenance d’un spécimen. Généralement, les saphirs du Cachemire ne sont pas chauffés, mais, si la pierre a subi un tel traitement, le certificat doit le préciser.
Caractéristiques du saphir du Cachemire
Espèce minérale corindon
Système cristallin rhomboédrique
Indice de réfraction entre 1,75 et 1,77
Biréfringence oui
Dureté 9 sur l’échelle de Mohs
Points forts Les saphirs du Cachemire sont d’une rareté exceptionnelle, renforcée par un effet « vieille mine ». Ils se distinguent aussi par leur grande solidité.
Points faibles Seule une analyse en laboratoire permet d’établir qu’un spécimen est un véritable saphir du Cachemire, issu du massif du Zaskar, non une pierre de type Cachemire.